BURY (P.)


BURY (P.)
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BURY POL (1922- )

À côté des jeux optiques, mécaniques ou cinétiques des artistes contemporains dont les œuvres sont, comme les siennes, liées à l’étude du mouvement, les sculptures de Pol Bury occupent une place singulière. Une invention créatrice très fertile, une technique parfaitement dominée, l’utilisation exclusive de structures géométriques anonymes d’une impeccable rigueur, à quoi s’ajoutent un très étonnant sens de l’humour et une vaste culture, lui permettent en effet d’apprivoiser le mouvement, de l’extraire de son anonymat physique et d’organiser son œuvre tout entière sur le phénomène de la lenteur. C’est ce qui a permis à Eugène Ionesco de parler à propos de Bury d’une «philosophie de la lenteur» (Pol Bury , Bruxelles, 1976). Un «absolu de la lenteur» qu’il reprend chez Gaston Bachelard et emprunte aux constellations, et qu’on peut envisager dès lors comme un processus mental, étant donné le travail sournois que celle-ci opère sur la mémoire. «La lenteur multiplie la durée, écrit Pol Bury, mais aussi donne à l’œil qui suit le trajet d’une boule la possibilité d’échapper à sa propre imagination de voyeur pour se laisser mener par l’imagination même de la boule voyageuse. Le voyage imaginé devient imaginant» («Le Temps dilaté», in Strates , no 3, Bruxelles, 1964).

Né en 1922 à Heine-Saint-Pierre, en Belgique, Pol Bury, mêlé très jeune à tout ce qui dans son pays pouvait mettre en question l’univers conventionnel de la création, celui des lettres comme celui des arts, entre en contact avec les poètes du groupe Rupture, Achille Chavée et André Lorent et par leur intermédiaire avec les surréalistes bruxellois Louis Scutenaire et René Magritte. Il participe à l’Exposition internationale du surréalisme de Bruxelles en 1945, avec des peintures réalistes — Pol Bury fut peintre avant d’être sculpteur — où l’on peut lire déjà une certaine froideur distante vis-à-vis de la sensation et le goût de l’insolite. En 1949, Bury fut également un membre actif du groupe Cobra, aux côtés de Pierre Alechinsky et de Christian Dotremont, tandis que dans sa peinture l’image se transforme au profit d’une abstraction de plus en plus rigoureuse. Cependant, c’est dans les années cinquante que se situent les deux rencontres qui seront déterminantes pour le développement de ses recherches futures, l’œuvre de Gaston Bachelard et les mobiles de Calder. Il réalise alors une série de Plans mobiles qui peuvent se transformer suivant le bon vouloir du spectateur, et qui seront montrés à Paris lors de l’exposition Le Mouvement à la galerie Denise René en 1955, qui regroupe entre autres les œuvres de Marcel Duchamp, Calder, Agam, Vasarely et Tinguely. Avec les Multiplans , il crée ses premières œuvres à moteur aux mouvements irréguliers, et avec les Ponctuations , en 1959, il échappe définitivement au langage pictural. Installé depuis 1961 à Paris, Pol Bury élabore désormais un répertoire de formes sculptées extrêmement rigoureuses (ponctuations souples ou rigides, boules, cylindres, demi-sphères, cubes), accompagnées de moteurs puis d’éléments magnétiques, et fait du mouvement le centre de son propos. Un mouvement discontinu, décomposé, aléatoire, jusqu’à la lenteur la plus extrême qui devient à elle seule finalité de l’œuvre. Expérimentant successivement toute une série de matériaux — bois ciré, cuivre poli, acier inoxydable —, l’artiste donne volontairement à ses œuvres les titres les plus anonymes: 107 Boules de 6 volumes différents (1964, Stedelijk Museum, Amsterdam), 120 Boules sur un plan incliné (1968, musée d’Art moderne de la Ville de Paris), Escalier (1965, Solomon Guggenheim Museum, New York), 4 087 Cylindres érectiles (1972, Fonds national d’art contemporain, Paris); il tente de fixer le moment précis où le mouvement, parfois à peine perceptible, surgit de l’immobilité pour bousculer, en contrariant les prévisions, les notions préconçues relatives à la fuite du temps.

Personnage turbulent et d’une très féconde activité créatrice, Pol Bury a également réalisé des films (dont 8 500 Tonnes de fer , en 1971, dédié à la tour Eiffel, et L’Art illustré , en 1975, interprété par Roland Topor), déformé dans des Miroirs mous les grands de l’histoire (Paul VI et Mao Zedong), écrit de nombreux textes, les uns théoriques, les autres violemment polémiques, dans lesquels l’humour le plus grinçant peut côtoyer la poésie la plus insolite (Le Petit Commencement , La Louvière, 1965, L’Art à bicyclette et la révolution à cheval , Paris, 1972, Les Horribles Mouvements de l’immobilité , recueil de textes écrits depuis 1959, Paris, 1977, Les Gaietés de l’esthétique , 1984), créé une académie, celle de Montbliart, donné des cours à l’université de Berkeley et drigé un atelier de sculpture monumentale à l’école des Beaux-Arts de Paris de 1983 à 1987.

Depuis les années 1970, Pol Bury s’oriente vers la réalisation d’œuvres monumentales: une forêt de 25 Tonnes de colonnes (réalisées en 1973 avec la collaboration de la Régie Renault) qui oscillent et obéissent à la plus élaborée des techniques, le plafond de 75 Éléments mobiles qui décorent le métro de Bruxelles, mis en mouvement en fonction des seuls déplacements de l’air, ou encore la série des fontaines hydrauliques inaugurée en 1976, pour le jardin de la fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence en 1978, pour le Guggenheim Museum de New York en 1980, pour la galerie d’Orléans au Palais-Royal en 1986, pour les jeux Olympiques de Séoul en 1988, pour la Tohotu University of Art and Design de Yagamate au Japon en 1994. Dans ces œuvres, il est toujours question de solliciter la sensibilité du «regardeur» et d’accorder les jeux de l’insolite, entre le perceptible et l’imperceptible, entre le prévisible et l’accidentel, à ceux de la lenteur inquiète.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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